{"id":15038,"date":"2024-09-24T20:03:48","date_gmt":"2024-09-24T20:03:48","guid":{"rendered":"https:\/\/luxabruzzonline.lu\/le-fabricant-de-lampes\/"},"modified":"2025-03-07T19:27:52","modified_gmt":"2025-03-07T19:27:52","slug":"le-fabricant-de-lampes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luxabruzzonline.lu\/fr\/le-fabricant-de-lampes\/","title":{"rendered":"Le fabricant de lampes"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"15038\" class=\"elementor elementor-15038 elementor-13137\">\n\t\t\t\t<div class=\"e-con-with-custom-width elementor-element elementor-element-d2986fa e-con-full e-flex sc_inner_width_none sc_layouts_column_icons_position_left e-con e-parent\" data-id=\"d2986fa\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7bdc1ef sc_fly_static elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"7bdc1ef\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t<style>\/*! elementor - v3.23.0 - 05-08-2024 *\/\n.elementor-widget-text-editor.elementor-drop-cap-view-stacked .elementor-drop-cap{background-color:#69727d;color:#fff}.elementor-widget-text-editor.elementor-drop-cap-view-framed .elementor-drop-cap{color:#69727d;border:3px solid;background-color:transparent}.elementor-widget-text-editor:not(.elementor-drop-cap-view-default) .elementor-drop-cap{margin-top:8px}.elementor-widget-text-editor:not(.elementor-drop-cap-view-default) .elementor-drop-cap-letter{width:1em;height:1em}.elementor-widget-text-editor .elementor-drop-cap{float:left;text-align:center;line-height:1;font-size:50px}.elementor-widget-text-editor .elementor-drop-cap-letter{display:inline-block}<\/style>\t\t\t\t<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"lazyload_inited alignnone wp-image-14094 size-full\" src=\"https:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/456909549_8107781965976459_523352014430055940_n-1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"495\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/456909549_8107781965976459_523352014430055940_n-1-1.jpg 495w, https:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/456909549_8107781965976459_523352014430055940_n-1-1-248x300.jpg 248w, https:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/456909549_8107781965976459_523352014430055940_n-1-1-370x448.jpg 370w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 495px\" \/><\/p><h3 id=\"le-fabricant-de-lampes\">LE FABRICANT DE LAMPES<\/h3><h6 id=\"par-edoardo-zunica\"><strong><span style=\"color: #333333; font-family: Roboto, sans-serif; font-size: 14px;\">par Edoardo Zunica<\/span><\/strong><\/h6><p>Mon oncle, n\u00e9 Emilio Ischitano, \u00e9tait du genre aventureux et venait d&#8217;avoir 30 ans. En cet \u00e9t\u00e9 torride des ann\u00e9es 1970, comme chaque \u00e9t\u00e9, il passait la plupart de ses vacances seul. C&#8217;est alors que se produisit un \u00e9v\u00e9nement qui allait changer sa vie.  <br>  En plus d&#8217;\u00eatre un aventurier, c&#8217;\u00e9tait un solitaire. Le type classique que beaucoup appelleraient un chien de mer ; seulement, au lieu d&#8217;aller en mer, il aimait aller sur les plages. Mais pas le genre de plage o\u00f9 les baigneurs affluent \u00e0 la recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&#8217;un coin de terre o\u00f9 caler leur serviette, entre un enfant qui pleurniche et un vieillard qui ronfle, le ventre gonfl\u00e9 comme une past\u00e8que bien m\u00fbre. Non pas qu&#8217;en Calabre, sur la c\u00f4te tyrrh\u00e9nienne, dans les ann\u00e9es 1970, il \u00e9tait si fr\u00e9quent de rencontrer de tels baigneurs. Mon oncle, lui, ne voulait pas en voir. Il aimait les plages d\u00e9sertes, d\u00e9sol\u00e9es, sauvages. Si elles \u00e9taient un peu d\u00e9figur\u00e9es (mais pas trop), tant mieux.      <br>  Un jour, il avait opt\u00e9 pour une excursion dans une crique que l&#8217;on ne pouvait atteindre qu&#8217;en descendant une falaise en rappel et \u00e0 mains nues. Atteindre les plages \u00e0 pied, ces derniers temps, n&#8217;\u00e9tait pas envisageable. Plus le chemin \u00e9tait imperm\u00e9able au passage de l&#8217;homme, mieux c&#8217;\u00e9tait pour Emilio Ischitano. Imaginez la consid\u00e9ration qu&#8217;il avait pour les personnes qui atteignaient les plages dans leur yacht priv\u00e9.   <br>  Je les d\u00e9teste&#8221;, s&#8217;indignait-il chaque fois qu&#8217;il en voyait un. Et encore : &#8220;Puh !&#8221;, \u00e9tait le cri qu&#8217;il \u00e9mettait peu apr\u00e8s avoir g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un morceau de flegme, qu&#8217;il lan\u00e7ait le plus loin possible avec une \u00e9l\u00e9gance toute britannique tandis que, ponctuellement, un filet de ce m\u00eame flegme se collait \u00e0 ses l\u00e8vres et ruisselait jusqu&#8217;\u00e0 son menton ras\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il intervienne promptement avec ses doigts pour le nettoyer.   <br>  Cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, la moiteur m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e9tait \u00e0 son comble, se manifestant dans sa version la plus humide et la plus collante et rendant le sable aussi chaud que le c\u0153ur d&#8217;un volcan. Le soleil, quant \u00e0 lui, domine s\u00e9v\u00e8rement l&#8217;ensemble. Dire que la journ\u00e9e \u00e9tait invivable serait un doux euph\u00e9misme.  <br>  N\u00e9anmoins, mon oncle allait bien. Il allait bien, en effet ! Non seulement la chaleur ne le d\u00e9rangeait pas, mais Emilio parvenait m\u00eame \u00e0 atteindre un \u00e9tat de nirvana placide dans cette chaleur piquante que peu de choses dans la vie pouvaient offrir. Il semblait que plus les conditions climatiques imposaient un d\u00e9fi de survie, plus il y prenait plaisir.     <br>  Cependant, m\u00eame lui avait besoin de plonger dans la mer. Pas tant pour se rafra\u00eechir que pour un besoin visc\u00e9ral d&#8217;entrer en symbiose avec l&#8217;eau sal\u00e9e. Il en avait besoin et il aimait cela. <br> Il adorait <em>faire de la plong\u00e9e avec masque et tuba<\/em> et, tel un rapace marin, il nageait pendant des heures dans l&#8217;eau, pr\u00eat \u00e0 plonger pour attraper une pieuvre \u00e0 mains nues ou r\u00e9cup\u00e9rer des coquillages et d&#8217;autres tr\u00e9sors gisant sur le fond marin.<br> C&#8217;est ainsi que ce jour-l\u00e0, au fond de la mer, il aper\u00e7oit un objet insolite. <br> Cet objet, bien qu&#8217;ind\u00e9fini et apparemment banal, exer\u00e7ait une fascination. Il serait injuste de qualifier cette fascination d&#8217;irr\u00e9sistible, car Emilio ne savait m\u00eame pas de quoi il s&#8217;agissait. Nous n&#8217;irons donc pas jusqu&#8217;\u00e0 la qualifier de magn\u00e9tique, \u00e0 tout le moins.      <br>  Emilio Ischitano respire et plonge : sa silhouette \u00e9lanc\u00e9e se glisse dans le bleu. Il parcourt une dizaine de m\u00e8tres, saisit l&#8217;\u00e9pave et, avec le peu de souffle qui lui reste dans les poumons, la ram\u00e8ne \u00e0 la surface : c&#8217;est une curieuse dalle irr\u00e9guli\u00e8re, compos\u00e9e d&#8217;un mat\u00e9riau difficile \u00e0 identifier. La dalle, \u00e9paisse de trois ou quatre doigts, avait la couleur et le grain de la pierre, mais \u00e0 l&#8217;\u0153il ses irr\u00e9gularit\u00e9s ressemblaient \u00e0 celles d&#8217;un morceau de bois.    <br>  Apr\u00e8s l&#8217;avoir emmen\u00e9 sur la plage, il lui a laiss\u00e9 le temps de s\u00e9cher, afin de pouvoir l&#8217;inspecter ult\u00e9rieurement. C&#8217;est ce qu&#8217;il a fait, et l&#8217;enqu\u00eate a donn\u00e9 le verdict suivant : il <em>s&#8217;agit vraiment de nu cazz&#8217;i piezz&#8217;i lignu !<\/em><br> A rather bizarre wood, though, since instead of floating, it was lying on the seabed, not even if it was lead from World War II. <br> Essayons, se dit r\u00e9solument Emilio. Et c&#8217;est ainsi que, sans trop r\u00e9fl\u00e9chir, il a jet\u00e9 l&#8217;objet \u00e0 la mer, pr\u00e8s du rivage, pour observer son comportement au contact de l&#8217;eau.    <br>  Qu&#8217;est-ce que j&#8217;ai bien pu penser, se dit-il d\u00e8s qu&#8217;il le voit s&#8217;enfoncer.<br>  Rapidement, il se pr\u00e9cipite pour sauver la dalle, le souffle court. Une fois qu&#8217;il l&#8217;a ramen\u00e9e sur le rivage, il reste en contemplation pendant au moins deux minutes, seuls le bruit de sa respiration lourde et le doux claquement de l&#8217;eau sur la rive rompant le silence de cet apr\u00e8s-midi. <br>  Emilio \u00e9tait horrifi\u00e9 \u00e0 la simple id\u00e9e de la fin grossi\u00e8re que l&#8217;objet aurait pu conna\u00eetre s&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 l\u00e0, seul, \u00e0 la merci des \u00e9v\u00e9nements.  <br>  Quoi qu&#8217;il en soit, cette assiette contenait quelque chose d&#8217;indispensable. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, Emilio Ischitano n&#8217;avait pas encore compris ce que c&#8217;\u00e9tait, et peut-\u00eatre ne le comprendrait-il jamais compl\u00e8tement. <br>  Dans les jours qui suivirent, intrigu\u00e9 par l&#8217;incident et surtout par la nature du mat\u00e9riel contenu dans cette \u00e9pave, mon oncle demanda \u00e0 un ami arch\u00e9ologue d&#8217;inspecter l&#8217;objet. Il n&#8217;a cependant pas mentionn\u00e9 le d\u00e9tail de la flottaison, estimant qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une information trop confidentielle pour \u00eatre partag\u00e9e avec d&#8217;autres.   <br>  Les recherches de son ami ont non seulement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&#8217;il s&#8217;agissait, comme il l&#8217;avait suppos\u00e9, d&#8217;un morceau de bois, mais aussi que ce morceau de bois avait, selon toute probabilit\u00e9, appartenu \u00e0 un navire du XVIIe si\u00e8cle qui avait coul\u00e9 dans ces parages. Il est tr\u00e8s difficile d&#8217;exprimer par des mots le sentiment d&#8217;exclusivit\u00e9 qui s&#8217;est r\u00e9pandu en lui, colonisant chaque parcelle de son \u00e2me.   <br>  Pendant de nombreuses ann\u00e9es, mon oncle a cach\u00e9 l&#8217;\u00e9pave dans une malle dont personne n&#8217;a jamais eu connaissance. La simple id\u00e9e que d&#8217;autres puissent toucher ou m\u00eame regarder son bijou sans son consentement l&#8217;horrifiait. Un frisson de d\u00e9go\u00fbt lui parcourait l&#8217;\u00e9chine jusqu&#8217;\u00e0 piquer son cervelet d&#8217;aga\u00e7antes secousses \u00e9lectriques. C&#8217;\u00e9tait une antiquit\u00e9 et il fallait la traiter comme telle. Il ne fallait pas la profaner. Ce n&#8217;est que de temps en temps qu&#8217;il ouvrait le coffre et s&#8217;accordait quelques secondes de contemplation. Puis, imm\u00e9diatement, il le refermait.        <br>  Pendant des ann\u00e9es, la pi\u00e8ce est rest\u00e9e l\u00e0 et mon oncle n&#8217;en a rien fait.<br>  Plus tard, cependant, il a chang\u00e9 d&#8217;avis.  <br>  Apr\u00e8s avoir pris sa retraite, Emilio Ischitano a sombr\u00e9 dans une profonde d\u00e9pression. Il avait \u00e9norm\u00e9ment de temps libre et ne savait pas comment l&#8217;occuper. Cela lui causait un grand malaise, un sentiment de perplexit\u00e9 et d&#8217;inad\u00e9quation \u00e0 sa propre vie qu&#8217;il ne savait pas comment r\u00e9soudre.  <br>  Heureusement, il a toujours fait preuve d&#8217;une grande habilet\u00e9 manuelle et d&#8217;un esprit cr\u00e9atif, et il s&#8217;est donc invent\u00e9 un passe-temps : il a commenc\u00e9 \u00e0 fabriquer des lampes.  <br>  Il se rendait dans les march\u00e9s aux puces et choisissait des pi\u00e8ces. Il achetait des antiquit\u00e9s et les assemblait pour en faire des lampes aux formes les plus extravagantes et les plus tordues. Il travaillait jour et nuit, \u00e0 tel point qu&#8217;il a m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 faire de son hobby un m\u00e9tier. Amis et parents lui commandaient des lampes qu&#8217;il revendait ensuite \u00e0 des prix d\u00e9risoires, sans commune mesure avec leur beaut\u00e9 et les heures de travail pass\u00e9es.<br>    <em>De l&#8217;argent<\/em> <em>nunni minni frica nu cazzu<\/em>, r\u00e9p\u00e9tait-il chaque fois qu&#8217;on lui rappelait la valeur de ses objets. Je les construirais quand m\u00eame, m\u00eame si personne ne voulait les prendre.    <br>  En quelques ann\u00e9es, sa popularit\u00e9 en tant qu&#8217;artisan lampiste grandit, et avec elle les clients &#8211; souvent prestigieux &#8211; qui ach\u00e8tent de plus en plus souvent ses \u0153uvres \u00e0 des prix ridicules.<br>  Un \u00e9t\u00e9, je suis venu dans sa villa en Calabre avec ma petite amie. Enthousiasm\u00e9 par notre pr\u00e9sence, mon oncle a commenc\u00e9 \u00e0 nous montrer ses cr\u00e9atures avec fiert\u00e9.   <br>  Il s&#8217;agit d&#8217;une lampe que j&#8217;ai fabriqu\u00e9e en assemblant des morceaux d&#8217;un vieux lustre. Vous voyez ? les deux extr\u00e9mit\u00e9s sont en miroir. Elles repr\u00e9sentent la lutte \u00e9ternelle de (qui sait quelle lutte vous<br>imaginiez sous l&#8217;influence de je ne sais combien de roseaux, ai-je pens\u00e9). Voyez-vous plut\u00f4t ceci ? Un tube de verre rempli de billes, s&#8217;\u00e9tirant vers le haut. Il repr\u00e9sente la tension vers la divinit\u00e9. Cette autre lampe change de couleur toutes les trois secondes en passant par toutes les nuances de l&#8217;arc-en-ciel. Et ainsi de suite avec une douzaine d&#8217;autres lampes, sous nos yeux fascin\u00e9s.          <br>  Lampe apr\u00e8s lampe, la curiosit\u00e9 grandit. Soudain, Emilio Ischitano se fige. Il reste silencieux pendant quelques secondes. Puis, sur le ton de quelqu&#8217;un qui a cess\u00e9 de parler de choses terrestres et qui a atterri dans le pays de l&#8217;au-del\u00e0, il dit : &#8220;D&#8217;accord, mais si je vous montre celle que j&#8217;ai dans la chambre du haut&#8230; Vous ne pouvez m\u00eame pas imaginer l&#8217;histoire qui se cache derri\u00e8re.   <br>  Nous avons mont\u00e9 les escaliers de la vieille maison et sommes entr\u00e9s dans la pi\u00e8ce. Dans un coin, \u00e0 l&#8217;abri des regards indiscrets de tous ceux qui s&#8217;y trouvaient, un objet \u00e9trange reposait sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9. La lumi\u00e8re du r\u00e9verb\u00e8re, p\u00e9n\u00e9trant par la fen\u00eatre, l&#8217;enveloppait d&#8217;un faible rayon jaune, n&#8217;\u00e9clairant que ses contours irr\u00e9guliers.  <br>  Lorsque mon oncle alluma la lumi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de la pi\u00e8ce, nous nous trouv\u00e2mes devant une cr\u00e9ature inanim\u00e9e qui d\u00e9gageait un charme \u00e0 la fois solennel et sinistre, \u00e9l\u00e9gant et en m\u00eame temps suspect, us\u00e9 par les si\u00e8cles et en m\u00eame temps capable de diffuser une aura d&#8217;\u00e9ternit\u00e9. Il s&#8217;agissait d&#8217;une dalle irr\u00e9guli\u00e8re pos\u00e9e sur un petit socle de marbre et d\u00e9cor\u00e9e de bibelots aux formes les plus vari\u00e9es. <br>  De quel mat\u00e9riau pensez-vous qu&#8217;il est fait ? Mon oncle nous a imm\u00e9diatement interrog\u00e9s, avec l&#8217;autosatisfaction ironique de celui qui sait mieux que quiconque.   <br>  De la pierre, avons-nous r\u00e9pondu avec certitude. En effet, l&#8217;objet, solide et compact \u00e0 l&#8217;\u0153il, pr\u00e9sentait des reflets opaques semblables \u00e0 ceux du marbre brut. Mais en m\u00eame temps, il \u00e9tait sombre et on ne savait pas tr\u00e8s bien de quoi il \u00e9tait fait. Quoi qu&#8217;il en soit, je suis pr\u00eat \u00e0 jurer que n&#8217;importe qui, sans incertitude, aurait dit &#8220;pierre&#8221;.   <br>  Non, mes ch\u00e9ris. C&#8217;est du bois, r\u00e9pondit-il, satisfait de nous avoir induits en erreur comme pr\u00e9vu par sa question. <br>  C&#8217;est ainsi qu&#8217;il nous a racont\u00e9 la d\u00e9couverte insolite de la plaque de bois au fond de la mer, cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, bien des ann\u00e9es auparavant. Puis, stimul\u00e9 une fois de plus par notre curiosit\u00e9, il a expliqu\u00e9 en d\u00e9tail comment il avait d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9, de la transformer. <br>  Pendant des ann\u00e9es, je l&#8217;ai laiss\u00e9 dans une commode. Je l&#8217;ai trait\u00e9 comme s&#8217;il s&#8217;agissait de la chose la plus pr\u00e9cieuse, mais sans savoir quoi en faire. Je savais que t\u00f4t ou tard, je lui donnerais vie, ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une question de temps. Un jour, je l&#8217;ai sorti de sa cachette et j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 le caresser, \u00e0 le passer entre mes mains et mes bras. J&#8217;ai alors pens\u00e9 \u00e0 la mer, son lieu d&#8217;origine. Alors, sur l&#8217;une de ses faces, j&#8217;ai fix\u00e9 une ampoule de verre, turquoise comme les fonds marins o\u00f9 je l&#8217;avais trouv\u00e9e. Puis je me suis dit que sans la lumi\u00e8re du soleil, je n&#8217;aurais rien trouv\u00e9 du tout. Alors, sur l&#8217;autre face, j&#8217;ai fix\u00e9 cette ampoule.       <br>  Je l&#8217;ai interrompu : &#8220;Mon oncle, l&#8217;ampoule est-elle \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une trompette ? On dirait une trompette miniature. <br>  C&#8217;est vrai, r\u00e9pondit mon oncle, satisfait de l&#8217;int\u00e9r\u00eat, c&#8217;est une petite trompette que j&#8217;avais achet\u00e9e il y a des ann\u00e9es. Sa lumi\u00e8re peut donc \u00e9clairer le bois comme une m\u00e9lodie. Mais comme vous pouvez le constater, elle ne fait pas qu&#8217;\u00e9clairer le bois.  <br>  En effet, j&#8217;ai r\u00e9pondu. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est ? En d\u00e9signant des grappes de sph\u00e8res d&#8217;ivoire accroch\u00e9es \u00e0 la dalle qui se trouvaient juste dans la direction de la lumi\u00e8re, qui \u00e9tait \u00e9teinte \u00e0 ce moment-l\u00e0.  <br>  Perles. Emilio a r\u00e9pondu. Sans un corps palpitant de d\u00e9sir, je ne l&#8217;aurais jamais vue au fond de la mer et je ne serais jamais descendu pour la chercher. J&#8217;aime \u00e0 penser que les perles, c&#8217;est la vie. J&#8217;en avais beaucoup, alors de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, j&#8217;ai aussi trouv\u00e9 le moyen de les int\u00e9grer, en les \u00e9clairant avec cette autre ampoule. C&#8217;est ce qu&#8217;il a dit, en montrant la deuxi\u00e8me ampoule int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l&#8217;objet.     <br>  Nous sommes rest\u00e9s un moment en silence \u00e0 contempler la beaut\u00e9 de la cr\u00e9ature qui se trouvait devant nous. Un syst\u00e8me de c\u00e2bles noirs reli\u00e9s \u00e0 des ampoules \u00e9lectriques transper\u00e7ait le bois et, par un effet de spirale, soulignait l&#8217;impression de sinuosit\u00e9 de l&#8217;artefact. <br>  Et \u00e0 quel prix vendez-vous celui-ci ?<br>  Ce n&#8217;est pas \u00e0 vendre, a r\u00e9pondu mon oncle tr\u00e8s s\u00e9rieusement. Savez-vous combien il vaut, celui-l\u00e0, putain ? me demanda-t-il comme si j&#8217;\u00e9tais soudain devenu un vautour sans scrupules pr\u00eat \u00e0 le lui arracher \u00e0 tout moment. Il vaut <em>nu sacc&#8217;i sordi<\/em>. Mais je me fous de le gagner. Cela reste ici.     <br>  D\u00e9sol\u00e9, j&#8217;ai r\u00e9pondu. Je ne voulais pas heurter votre sensibilit\u00e9. Je comprends que vous ne vouliez pas le vendre. Il vous convient.<br>Non, vous avez raison, d\u00e9sol\u00e9. Je me suis un peu \u00e9nerv\u00e9. C&#8217;est juste que j&#8217;y tiens beaucoup. Il y a un an, un musicien de Naples est pass\u00e9 par ici. Un ami d&#8217;amis. Il a pass\u00e9 quelques semaines ici et quand il a d\u00e9couvert que je fabriquais des lampes, il en est tomb\u00e9 amoureux. Il m&#8217;en a achet\u00e9 trois ou quatre. J&#8217;ai essay\u00e9 de lui en donner au moins une, mais il ne voulait pas en entendre parler. Il \u00e9tait tellement fascin\u00e9 par mon travail qu&#8217;il voulait les payer au prix fort.             <br>  C&#8217;est ce qu&#8217;ils m\u00e9ritent, a-t-il dit. Pas un euro de moins.<br> Je me sentais tr\u00e8s mal \u00e0 l&#8217;aise, mais je ne pouvais rien faire. <br> Et puis un soir, par hasard, il <em>l&#8217;<\/em>a vue, a dit mon oncle en montrant la lampe que nous avions admir\u00e9e peu de temps auparavant. Il a tout fait pour l&#8217;acheter. Il est all\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 m&#8217;offrir des sommes mirobolantes &#8211; autres que des indemnit\u00e9s de licenciement. Pendant un moment, j&#8217;y ai m\u00eame pens\u00e9. Puis je me suis dit : je suis vieux, qu&#8217;est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout cet argent ? La lampe vaut beaucoup plus. Je pr\u00e9f\u00e8re la garder.       <br>  Bref, j&#8217;ai continu\u00e9, le musicien napolitain n&#8217;avait rien \u00e0 faire. Il est rentr\u00e9 chez lui la queue entre les jambes. <br>  C&#8217;est exact, a r\u00e9pondu mon oncle.<br>  Puis il est rest\u00e9 silencieux et, pendant une interminable minute, a d\u00e9plac\u00e9 son regard de nous \u00e0 la cr\u00e9ature qu&#8217;il avait si m\u00e9ticuleusement mise en lumi\u00e8re. C&#8217;est comme si nous n&#8217;\u00e9tions plus dans la pi\u00e8ce. Il regardait intens\u00e9ment l&#8217;objet. Il y avait plus que de la satisfaction dans ses yeux. Il \u00e9tait enchant\u00e9, captur\u00e9, pi\u00e9g\u00e9. Un peu comme si ce n&#8217;\u00e9tait pas lui qui avait le contr\u00f4le sur elle, mais au contraire la cr\u00e9ature qu&#8217;il avait g\u00e9n\u00e9r\u00e9e qui avait une influence sur lui.     <br>  Mon oncle, dis-je en le r\u00e9veillant de l&#8217;\u00e9tat de transe dans lequel il \u00e9tait tomb\u00e9. Puis-je vous demander quelque chose ? Dites-moi, r\u00e9pondit-il d&#8217;un air m\u00e9fiant.  <br>  Pouvez-vous nous le montrer ?<br>  Il nous a regard\u00e9s attentivement, comme pour comprendre, \u00e0 travers nos yeux, si la demande \u00e9tait s\u00e9rieuse ou non. Son regard s&#8217;assombrit de plus en plus. Ses yeux se sont fendus. Ses l\u00e8vres se sont \u00e9tir\u00e9es en un grognement guerrier. Je craignais une r\u00e9action brutale, peut-\u00eatre violente. Puis, comme par enchantement, il reprit ses esprits.     <br>  Je ne l&#8217;ai pas allum\u00e9e depuis longtemps, il a coup\u00e9 court. Je n&#8217;ai pas la prise, et puis il est tard. Mieux vaut aller se coucher. Apr\u00e8s avoir ferm\u00e9 la porte de la chambre \u00e0 cl\u00e9, il descendit pr\u00e9cipitamment. Puis, \u00e0 la limite de la cordialit\u00e9 formelle, il annon\u00e7a : Je vais me coucher, \u00e0 demain.    <br>  Les jours suivants, mon oncle a retrouv\u00e9 sa gentillesse et son hospitalit\u00e9 habituelle, mais il n&#8217;a plus jamais parl\u00e9 de la lampe. Les quelques fois o\u00f9 j&#8217;ai essay\u00e9 de lui en parler, il est rest\u00e9 \u00e9vasif. Apr\u00e8s quelques tentatives, j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas insister. Nous sommes partis et je n&#8217;ai plus entendu parler de la lampe, directement de lui.   <br>  Ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ensuite me fait fr\u00e9mir chaque fois que j&#8217;y pense.<br>  Au cours des ann\u00e9es suivantes, Emilio Ischitano est devenu de plus en plus intraitable. Surtout apr\u00e8s un incident que personne ne consid\u00e8re apparemment comme important. Un jour, un chat avait heurt\u00e9 par inadvertance sa lampe pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, la faisant tomber. La lampe n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9gratign\u00e9e. Pourtant, depuis ce jour, Emilio, inquiet \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que d&#8217;autres animaux ou, pire, des personnes puissent mettre en danger la s\u00e9curit\u00e9 de sa cr\u00e9ature, avait d\u00e9cid\u00e9 de se retrancher \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, r\u00e9duisant ses sorties aux choses strictement n\u00e9cessaires \u00e0 sa survie.      <br>  Les voisins de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rue ont observ\u00e9 le comportement d&#8217;Emilio Ischitano depuis leurs fen\u00eatres.<br>  Vous avez vu \u00e7a ? a dit Susanna \u00e0 son mari Fernando. Il recommence ce soir.    <br>  Quoi ?<br>  Il s&#8217;assoit et regarde droit devant lui. Pendant des heures, il ne regarde pas ailleurs. Et puis il a l&#8217;air comme \u00e7a, tout droit, tout raide, on dirait qu&#8217;il a un fant\u00f4me dans les yeux.    <br>  Quel sujet, \u00e0 quel point il vieillit mal. Qui sait ce qu&#8217;il regarde en permanence ? <br>  Susanna et Fernando ne pouvaient pas deviner la destination du regard d&#8217;Emilio. N\u00e9anmoins, arriv\u00e9 \u00e0 ce point de l&#8217;histoire, le lecteur n&#8217;aura pas de mal \u00e0 la deviner. <br>  Il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 Emilio Ischitano a d\u00e9cid\u00e9 que la vie dans ce petit village \u00e9tait devenue trop dangereuse. Il y avait trop de monde. Un jour, il s&#8217;est dit : &#8220;Assez ! Je m&#8217;en vais. Et il \u00e9tait facile de d\u00e9cider o\u00f9.    <br>  \u00c0 soixante-dix ans pass\u00e9s, mon oncle s&#8217;est install\u00e9 dans une petite maison au sommet d&#8217;une falaise sur la mer Tyrrh\u00e9nienne en Calabre, qu&#8217;il avait h\u00e9rit\u00e9e d&#8217;un parent \u00e9loign\u00e9. Cet endroit, malgr\u00e9 son ind\u00e9niable beaut\u00e9, \u00e9tait vide depuis au moins un demi-si\u00e8cle. La poussi\u00e8re et les herbes folles avaient colonis\u00e9 tous les recoins de la maison. Pourtant, Emilio Ischitano se dit : c&#8217;est l&#8217;endroit id\u00e9al, loin de tout le monde. Personne pour vous d\u00e9ranger. C&#8217;est ainsi qu&#8217;Emilio abandonne d\u00e9finitivement la maison qu&#8217;il habitait depuis des ann\u00e9es.       <br>  Je peux enfin te mettre \u00e0 l&#8217;abri, murmura-t-il \u00e0 la lampe en la caressant doucement. Je peux enfin te regarder sans les yeux de ces deux abrutis qui nous espionnent toutes les nuits. <br>  Malgr\u00e9 son \u00e2ge v\u00e9n\u00e9rable et l&#8217;\u00e9tat invivable de la maison, mon oncle a r\u00e9ussi \u00e0 la remettre en \u00e9tat pour qu&#8217;elle soit au moins d\u00e9cente.<br>  Un jour, il n&#8217;a plus pu r\u00e9sister \u00e0 cette tentation insistante qu&#8217;il avait rumin\u00e9e en silence pendant des ann\u00e9es. Il ne pouvait plus le faire. Avant de mourir, au moins une fois, il devait le faire.  <br>  Il pose la cr\u00e9ature sur la table, d\u00e9roule soigneusement le c\u00e2ble \u00e9lectrique g\u00e9n\u00e9ral et le branche \u00e0 la prise, en prenant soin de ne pas tr\u00e9bucher dessus.<br>  L&#8217;effet \u00e9tait paradisiaque. Une lumi\u00e8re \u00e9blouissante inondait chaque coin de la maison avec perfection et, liquide, fondait dans ses yeux \u00e9merveill\u00e9s et incapables de cligner des yeux de peur de manquer le spectacle. La beaut\u00e9 \u00e9tait si intense qu&#8217;elle en devenait insupportable, \u00e0 tel point qu&#8217;Emilio fut contraint de s&#8217;\u00e9loigner.<br>Dans la vie, il y a des moments o\u00f9 la force irrationnelle de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine prend le dessus sur tout. Tout fragment de rationalit\u00e9 est balay\u00e9 avec l&#8217;effet d&#8217;une mousson sur les derni\u00e8res miettes de pain qui restent sur la table alors que les couverts et les assiettes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s. Dans ces moments-l\u00e0, on ne pense pas. Et, de surcro\u00eet, on agit mal. A la h\u00e2te. Sans se soucier des cons\u00e9quences catastrophiques que peuvent avoir nos gestes grossiers.       <br>  C&#8217;est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Emilio Ischitano. Au moment de retirer le bouchon, il n&#8217;a pas pris le soin qu&#8217;il avait mis \u00e0 l&#8217;attacher. Ses jambes, tremblantes et maladroites, tr\u00e9buch\u00e8rent sur le creux de sa merveilleuse cr\u00e9ature qui, aussi facilement qu&#8217;elle avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e sur la table, tomba \u00e0 terre.  <br>  Ce furent des moments interminables. Mon oncle a vu d\u00e9filer devant lui toute sa vie pass\u00e9e avec elle, la seule qui comptait pour lui. Alors que la lampe, lente et solennelle, tombait sur le sol, Emilio, encore plus lent, plongeait au sol dans une vaine tentative de la sauver dans ses bras.  <br>  Il n&#8217;y a rien \u00e0 faire. La lampe tomba et, comme un ancien vase en terre cuite, se brisa en centaines de fragments. Les perles s&#8217;effrit\u00e8rent sous l&#8217;impact jusqu&#8217;\u00e0 devenir du sable et le verre de l&#8217;ampoule, semblable aux ampoules qui avaient pr\u00e9c\u00e9demment diffus\u00e9 une lumi\u00e8re d&#8217;un autre monde, se brisa irr\u00e9m\u00e9diablement.  <br>  Seul le bois, dernier bastion de l&#8217;obstination, est rest\u00e9 intact.<br>  Mais ce n&#8217;est pas tout pour le pauvre Emilio Ischitano. Alors que le malheureux prenait conscience de la trag\u00e9die qui lui arrivait, un pincement au c\u0153ur, piquant et \u00e9lectrique comme un \u00e9clair frappant violemment un rocher du d\u00e9sert, le frappa sans piti\u00e9, le laissant assomm\u00e9 sur le sol, son \u00e2me d\u00e9sormais en miettes comme les fragments de sa lampe.   <br>  Le lendemain matin, un rayon de soleil automnal r\u00e9chauffe le visage du pauvre Emilio.<br>Physiquement, il se sentait bien, mais lorsqu&#8217;il a ouvert les yeux et r\u00e9alis\u00e9 ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9, il a tout de suite compris qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement irr\u00e9versible.<br>  Il n&#8217;y a pas grand-chose \u00e0 faire, se dit-il.<br>  R\u00e9solu comme \u00e0 son habitude, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parvenu \u00e0 une conclusion claire, d\u00e9finitive, inapplicable, qui, en quelques heures, a permis de passer de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique.<br>  Dans un premier temps, il soul\u00e8ve les fragments, d\u00e9sormais impossibles \u00e0 recoller, et apr\u00e8s les avoir r\u00e9duits \u00e0 une texture sableuse \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;un marteau, il jette le sable en l&#8217;air pour qu&#8217;il se dissolve dans le vent.  <br>  Vient alors le plus dur. Sa sant\u00e9 ne tenait plus qu&#8217;\u00e0 un fil ; de plus, elle \u00e9tait inextricablement li\u00e9e au sort de la dalle de bois. Il s&#8217;en doutait depuis un moment, mais apr\u00e8s ce pincement au c\u0153ur, c&#8217;\u00e9tait d\u00e9finitivement confirm\u00e9.    <br>  La douleur pour elle signifiait la douleur pour lui. L&#8217;erreur de calcul a \u00e9t\u00e9 de penser que le chagrin pour lui signifiait aussi le chagrin pour elle, c&#8217;est-\u00e0-dire que la mort de l&#8217;homme signifiait aussi la disparition de l&#8217;assiette.   <br>  De plus, il ne peut se permettre de laisser la cr\u00e9ature expos\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 du monde.  <br>  Ce qu&#8217;ils avaient commenc\u00e9 ensemble, ils devaient le terminer ensemble. Ce qui avait commenc\u00e9 dans la mer devait se terminer dans la mer. <br>  Il prit une longue et \u00e9paisse corde et attacha sa cheville \u00e0 sa dalle de bois bien-aim\u00e9e. Puis, avec la fiert\u00e9 d&#8217;un gladiateur, il se dirigea vers le surplomb de la falaise, pr\u00eat \u00e0 prendre son dernier envol amoureux. <\/p><p><br>Sur la couverture : <br><span style=\"color: #1d1d1d;\"><b>Claudio Di Carlo,<em>Lumi\u00e8re de mes pieds<\/em>, <\/b><\/span><span style=\"color: #333333; font-family: Roboto, sans-serif; font-size: 14px;\">2002, huile sur toile<\/span><\/p>\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0f46cbc e-flex e-con-boxed sc_inner_width_none sc_layouts_column_icons_position_left e-con e-parent\" data-id=\"0f46cbc\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6d03206 elementor-widget__width-initial sc_fly_static elementor-widget elementor-widget-trx_widget_aboutme\" data-id=\"6d03206\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"trx_widget_aboutme.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t<div class=\"widget_area sc_widget_aboutme\"><aside class=\"widget widget_aboutme\"><div class=\"sc_aboutme type_default\"><div class=\"aboutme_avatar\"><img src=\"https:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/plugins\/trx_addons\/components\/lazy-load\/images\/placeholder.png\" data-trx-lazyload-height style=\"height: 0; padding-top: 100%;\" decoding=\"async\" data-trx-lazyload-src=\"http:\/\/luxabruzzonline.lu\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/FOTO-EDOARDO-ZUNICA-300x300.jpg\" alt=\"Edoardo Zunica\"><\/div><h5 id=\"edoardo-zunica\" class=\"aboutme_username\">Edoardo Zunica<\/h5><div class=\"aboutme_description\"><div dir=\"auto\">Il enseigne l'italien et suit sa vocation litt\u00e9raire \u00e0 plein temps. Lux\/Abruzzo publie en exclusivit\u00e9 une de ses nouvelles in\u00e9dites. Il vit et travaille \u00e0 Milan.  <\/div><div dir=\"auto\"> <\/div><\/div>\n\t<\/div><\/aside><\/div>\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE FABRICANT DE LAMPES par Edoardo Zunica Mon oncle, n\u00e9 Emilio Ischitano, \u00e9tait du genre aventureux et venait d&#8217;avoir 30 ans. En cet \u00e9t\u00e9 torride des ann\u00e9es 1970, comme chaque \u00e9t\u00e9, il passait la plupart de ses vacances seul. C&#8217;est alors que se produisit un \u00e9v\u00e9nement qui allait changer sa vie. 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